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Vers 1440, à Ferrare, un… Quoi ? « C’est où, Ferrare ? »… Ah, c’est du propre ! Je ne vous félicite pas. Comment peut-on à notre époque ignorer que Ferrare… euh… que la belle ville de Ferrare est située… je veux dire… un petit instant, je… euh… ah tiens ! ? on sonne à ma porte… Veuillez m’excuser.

Bon, c’était un faux numéro. Enfin, on s’est trompé d’adresse, quoi ! Avant d’être interrompu je vous expliquais donc, dans le but de vous édifier, que

Ferrare est une ville italienne de la province de Ferrare en Émilie-Romagne. Située dans le delta du Pô sur le bras nommé Pô de Volano, la cité actuelle remonte au XIVe siècle, alors qu’elle était gouvernée par la famille d’Este. Son centre historique figure au patrimoine mondial.

Franchement vous devriez avoir honte de ne pas savoir ça. Vous mériteriez que je vous dénonce.

C’est donc là-bas qu’est apparue une sensationnelle nouveauté. Certains nobles se sont fait confectionner des jeux de cartes qui se différenciaient des jeux normaux par l’ajout d’une série de 22 cartes richement illustrées qu’on appelait les « trionfi », les triomphes. Pourquoi un tel nom, on n’en est pas vraiment sûr mais il existe une explication plus convaincante que les autres : Dans l’Italie de la fin du Moyen-Âge et de la Renaissance il existait des processions triomphales organisées à l’occasion de l’entrée d’un souverain dans une ville ; ces processions, censées rappeler les triomphes romains, étaient l’occasion de réjouissances au cours desquelles des acteurs jouaient parfois des scènes allégoriques. Des allégories justement, on en trouve pléthore parmi les sujets des trionfi ; ces cartes ne seraient en fait qu’une reconstitution sur papier des processions triomphales du quattrocento.

tarot de Marseille

Quand on regarde ces cartes, il faut avoir en tête le fait qu’elles ont été créées par des hommes éloignés de nous de plusieurs siècles. Les sujets qui y sont représentés et qui nous semblent aujourd’hui étranges, mystérieux voire inquiétants étaient pour eux des thèmes familiers, courants dans l’iconographie de l’époque. Inutile d’y voir donc comme le feront certains plus tard le signe que ces cartes recèlent un quelconque pouvoir magique. Mais j’anticipe sur mon programme.

Avoir de jolies cartes, voilà qui est bel et bon. Mais jouer avec, c’est encore plus enthousiasmant ; à plus forte raison quand ces cartes sont arrivées dans les classes les mions riches de la société au cours du XVe siècle. D’objet de luxe (les cartes « aristocratiques » étaient peintes à la main et fréquemment dorées) elles sont devenues des produits de consommation (presque) courante produits en grand nombre. Autant dire que ça n’était pas pour le plaisir de les admirer, les masses laborieuses ayant autre chose à foutre de leur temps, c’est moi qui vous le dis !

À cartes spéciales, pouvoir spécial : ces trionfi avaient un rôle nouveau. Dans les jeux de levées (les plus couramment rencontrés en Europe, a fortiori à cette époque) chacune d’entre elles « bat » les cartes des séries régulières. Qu’importe que vous ayez joué la carte la plus forte de sa couleur, celui qui joue un des trionfi remporte la levée. Et quand deux trionfi sont joués ? Eh bien, il existe une hiérarchie entre eux comme pour les autres cartes. On finira même pour aider les joueurs débutants par numéroter ces cartes de 1 à 21 pour signaler clairement cette hiérarchie.

tarocco bolognese

J’entends les plus attentifs s’écrier qu’il a été question d’une numérotation de 1 à 21 alors que j’avais parlé de 22 cartes ! Ne paniquez pas, lecteurs assidus, l’explication est fort simple : l’une de ces cartes (il matto [le fou]) n’était pas numérotée car elle avait une fonction unique, elle servait tout bonnement à passer son tour lors d’une levée, permettant d’économiser une carte de la série demandée par le premier à jouer.

Plus qu’une nouveauté il s’agissait d’une véritable révolution qui ne tarda pas à se transmettre dans la majeure partie de l’Europe. Plus fort encore, ce principe sera adapté aux jeux qui ne contiennent pas de série de cartes supplémentaires, on le verra d’ailleurs traduit selon les langues par triomphe, trumf, trumpf, trump… Cette invention née dans un petit coin d’Émilie-Romagne allait s’avérer être une des plus grandes de toute l’histoire des jeux de cartes. Après avoir fait découvrir les cartes à jouer à toute l’Europe, l’Italie, une fois de plus, avait frappé fort.

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